L’industrie du tabac tente d’amadouer les médecins

Publié le par Monsieur Vapoteur

L’industrie du tabac tente d’amadouer les médecins
L’Alliance contre le tabac dénonce les courriers envoyés par British American Tobacco aux acteurs de la santé publique.

« C’est une opération de lobbying très organisée, une stratégie classique de l’industrie du tabac. Depuis des décennies, ils font tout pour semer la confusion et continuer à vendre leurs produits », s’exclame au téléphone le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière et secrétaire général de l’Alliance contre le tabac. Le médecin est particulièrement énervé par la lettre que lui a adressée le directeur des affaires publiques, juridiques et de la communication de British American Tobacco (BAT). Le courrier du représentant du groupe « leader mondial du tabac », envoyé en recommandé avec accusé de réception, est pourtant très courtois. Il demande simplement à rencontrer le Pr Dautzenberg, affirmant qu’il « est nécessaire de changer de logiciel quant à la lutte contre le tabagisme ». En fait, le courrier envoyé au pneumologue parisien fait partie d’une vaste campagne de communication, auprès de nombreux médecins, pneumologues mais aussi psychiatres (addictologues). « Depuis le 11 juillet 2017, tous les acteurs de la lutte contre le tabac impliqués dans le domaine de la réduction des risques, reçoivent une lettre recommandée de British American Tobacco, le cigarettier le plus agressif, les invitant soi-disant au dialogue », fulmine le Pr Dautzenberg, qui a publié sur le réseau social Twitter un fac-similé du courrier.

Dans un communiqué, l’Alliance contre le tabac dénonce donc vivement cette campagne en rappelant que « l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, ratifiée par la France, demande de limiter au strict minimum et dans des conditions draconiennes le contact avec les cigarettiers. Leurs objectifs étant en totale contradiction avec ceux de la santé publique ! ». Mais si le cigarettier veut vraiment « accélérer le basculement des fumeurs vers des modes de consommation à moindres risques », comme il l’affirme, pourquoi les médecins devraient-ils refuser de coopérer à cette initiative qui pourrait théoriquement sauver des vies ?
L’industrie du tabac tente d’amadouer les médecins
Tabacs « dits à moindre risque »

Pour le Pr Dautzenberg, l’opération est une tentative de normaliser les nouveaux produits inventés par les cigarettiers, le tabac chauffé, sans combustion, pour surfer sur le succès de la vape, des cigarettes électroniques. Ces produits, Ploom de Japan Tobacco, Iqos de Philip Morris ou Glo de BAT, sont des dispositifs hybrides entre la cigarette et la vapoteuse. Ils fonctionnent avec des recharges contenant du tabac et une résistance électrique qui permet de le chauffer et de produire des vapeurs. Ils sont présentés comme bien moins nocifs que la cigarette par les industriels, sans les produits les plus toxiques issus de la combustion (goudrons, monoxyde de carbone...). Ces dispositifs et leurs recharges remportent un grand succès au Japon, où la publicité sur le tabac est encore autorisée. Le phénomène n’a rien à voir en Europe, où ils tombent sous le coup de l’interdiction de la publicité des produits du tabac. D’où la volonté des industriels de les présenter comme des dispositifs qui peuvent aider les fumeurs à arrêter de fumer. Ils pourraient ainsi en faire la promotion sans restriction.

« Les industriels nous jurent que ce tabac chauffé est moins toxique que la cigarette, mais ce n’est pas prouvé du tout, et il doit bien y avoir un peu de combustion quand même puisqu’on retrouve des traces de monoxyde de carbone dans les vapeurs, remarque le Pr Dautzenberg. Aujourd’hui, le tabac tue un de ses fidèles consommateurs sur deux. Même si les tabacs " dits à moindre risque " n’en tuent qu’un sur trois ou un sur dix, voire un sur cent, cela reste inacceptable. »

Le pneumologue rappelle qu’une même logique de « santé publique » avait été mise en avant il y a plus de cinquante ans lors de la mise sur le marché des premières cigarettes avec filtre, présentées comme bien moins irritantes pour la gorge par des milliers de médecins américains. Une réalité qui cachait un risque toujours important : « du fait de cette moindre irritation de la gorge, la fumée était inhalée plus profondément dans les poumons, faisant exploser le risque d’emphysème et de cancer de type adénocarcinome, tout aussi dangereux que les cancers des grosses bronches », explique-t-il.

Philip Morris veut miner le traité antitabac de l’OMS

Le cigarettier américain Philip Morris International fait secrètement campagne pour miner l’accord international de lutte contre le tabac de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), montrent des documents internes au groupe vus par Reuters. Dans des courriels internes, des cadres dirigeants de Philip Morris s’attribuent le mérite d’avoir affaibli certaines mesures de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (FCTC), signée en 2003 et dont les 168 parties signataires se réunissent tous les deux ans.

Le traité FCTC a incité des dizaines d’États à augmenter les taxes sur le tabac, à adopter des lois interdisant de fumer dans les espaces publics et à durcir les messages d’avertissement. L’un des objectifs de Philip Morris a été d’augmenter la présence de délégués non liés aux agences de santé aux réunions biennales de la FCTC. Un objectif atteint, car les délégations comprennent aujourd’hui davantage de représentants de ministères liés aux impôts, à la finance et à l’agriculture susceptibles d’insister sur les revenus de l’industrie du tabac plutôt que sur ses méfaits.


Source : Le Figaro

Publié dans Articles, Tabac

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