La critique fumée de Vape Wave

Publié le par Monsieur Vapoteur

La critique fumée de Vape Wave
On adore Jan Kounen, parce qu'il est complètement fou. Et qu'il n'est jamais là où on l'attend. Alors forcément quand on comprend qu'il va nous parler cigarette électronique, on s'attend à quelques surprises.

Nous avions laissé Jan Kounen il y a 4 ans avec son Vol des Cigognes pour Canal +, ambitieuse adaptation du roman de Jean-Christophe Grangé, qu'il avait parasité avec ses thématiques mystiques habituelles pour un résultat définitivement autre et que, personnellement, nous avions beaucoup aimé. Forcément, on se demandait ce qu'il allait nous réserver pour la suite de sa carrière et quand nous avons appris qu'il préparait un documentaire sur la cigarette électronique, nous nous étions demandés ce qui lui arrivait. A première vue, en effet, la question peut se poser : Que vient faire là, le réalisateur du Dobermann, de 99 Francs et de Blueberry ? N'est-ce pas un peu loin de son champ d'exploration ?
La critique fumée de Vape Wave
Il faut se rappeler que Kounen n'en est pas à son premier essai dans le documentaire puisqu'il nous avait déjà offert les magnifiques Darshan et D'Autres Mondes. Et, dès les premières secondes de Vape Wave, on comprend ce qui a motivé le réalisateur dans ce sujet. Tout part de la découverte personnelle de Jan Kounen de la vapoteuse. Fumeur invétéré depuis 30 ans, l'e-cigarette a bouleversé sa vie et il a tenu à se plonger dedans pour comprendre d'où cela venait, ce que cela impliquait, sentant instinctivement qu'il se passait là quelque chose d'important. Et c'est exactement ce que le documentaire va nous montrer.

Vape Wave, l'expérience secrète

Prosélyte en diable, Kounen nous expose, à sa manière très particulière, l'histoire du tabac, de son utilisation médicinale par les Indiens à sa transformation en objet cool pour briller en société, sa récupération par les lobbys et évidemment sa nocivité sur la santé. A travers ce portrait terriblement actuel, il introduit donc l'alternative, la vapoteuse. Cible de toutes les attaques depuis son apparition, il nous démontre qu'une e-cigarette n'est en rien une clope électronique mais une nouvelle manière d'aborder le tabagisme, d'envisager sa dépendance et son addiction sous un nouvel angle et présente l'objet comme une possible solution, bien moins nocive qu'on voudrait bien le croire.
La critique fumée de Vape Wave
Pourtant, ce n'est là que le premier niveau de lecture. Parce que, fidèle à son habitude, Kounen utilise ce sujet pour raconter tout autre chose. En effet, il apparait clair dès les premières minutes que nous n'allons pas avoir droit à un cours magistral sur le tabac et l'e-cigarette mais que le film va encore une fois nous embarquer dans un voyage que nous ne soupçonnions pas une seconde. Après une impressionnante ouverture en mode Blade Runner, Kounen redevient le sale gosse qu'il était au début de sa carrière et prouve qu'il n'est pas rentré dans le rang puisque le documentaire tout entier est au final une attaque ultra-violente contre le système actuel, le libéralisme et les institutions. Kounen se sert en effet de la vapoteuse pour nous présenter une communauté, les Vapers, qui ne connait pas de frontières, qui a décidé de prendre son destin en main et de ne plus croire le mensonge officiel. Il ne s'agit pas ici d'apologie du tabagisme, entendons-nous bien, mais davantage de non-respect des règles que l'on nous impose de façon castratrices dans le seul but d'enrichir quelques magnats qui n'en sont pas à leurs premiers mensonges.

Fume et tue

A travers Vape Wave, c'est un peu David contre Goliath qui nous est raconté. Comment une solution à priori plus saine que la cigarette se bat pour survivre face à une industrie aux dents longues, fondée sur le conditionnement et la mort, réduisant son consommateur à un tas de cendres en toute impunité. Subversif en diable, le documentaire nous présente alors une nouvelle manière de vivre par l'intermédiaire de la vapoteuse et nous amène tranquillement vers le troisième niveau de lecture du film, le plus intéressant, le versant spirituel.
La critique fumée de Vape Wave
On le sait, à l'époque de Blueberry, Jan Kounen a changé suite à sa découverte de l'ayahuasca, la racine des anciens et il s'est totalement plongé depuis dans son étude et dans la préservation des Indiens Chipibo qui l'avaient initiés à ce savoir. En nous présentant l'e-cigarette comme une quête mystique, Kounen nous reconnecte au final avec ce qu'il y a de plus important, la place de l'homme dans la nature. Ou comment l'être humain s'est extirpé de lui-même du cycle naturel pour prendre une place dominante, pervertissant au passage son identité profonde. C'est à un retour aux traditions ancestrales qu'il nous invite, en bombardant comme un dingue les institutions et la société moderne, contrôlante au possible, tyrannique et dictatoriale face à quelque chose qui la mettrait en péril. Et c'est assez effarant de voir à quel point la notion même de liberté dérange et doit être tuée dans l'oeuf. Un sujet qui ne pouvait pas mieux tomber qu'en ce moment.

Un grand vent de liverté

Sur le plan formel, Jan Kounen s'est fait plaisir. Multipliant les séquences de fiction, les effets spéciaux, la science-fiction, l'animation et le film d'action, Vape Wave est un objet hybride, totalement à l'image de son réalisateur et étonnament logique dans sa filmographie. Oui, nous sommes moins face à un documentaire que devant le nouveau film de Jan Kounen. Alors oui, Vape Wave nécessite une ouverture d'esprit certaine pour vraiment l'apprécier. Le côté prosélyte pourra en gêner certains qui n'y verront probablement qu'un matraquage cool et pop en faveur de la vapoteuse. Mais dès lors que l'on accepte la règle du jeu, on comprend rapidement qu'il ne s'agit pas là du plus important. On le rappelle une nouvelle fois, l'important est le sous-texte, la quête de liberté, l'émancipation des instances morales et financières de notre société, et la reconnection avec notre identité profonde. Et quand on voit les difficultés et les lois liberticides que se prennent les vapoteurs du monde entier sur la tronche, le constat est terrible. Si le film semble se terminer sur une note bien sombre, Kounen, dans un petit retournement de situation nous prouve qu'une ouverture est encore possible et que le combat n'est pas terminé. Pas étonnant donc qu'aucune télévision n'ait voulu diffuser ce documentaire hautement polémique et salvateur.

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