Moi ministre de la Santé : " Je proposerai une Agence nationale des addictions "

Publié le par Monsieur Vapoteur

Moi ministre de la Santé : " Je proposerai une Agence nationale des addictions "
Avant le 1er tour de la présidentielle, 5 personnalités se projettent en tant que ministre de la Santé. Le Dr Lowenstein décrit les défis à relever en matière d'addictions.

Dans quelques semaines, le portefeuille de la Santé et des Affaires sociales quittera les mains de Marisol Touraine. Si Emmanuel Macron a d’ores et déjà annoncé qu’il nommerait un médecin au ministère de la Santé, les autres candidats à la présidentielle 2017 n’ont pas encore donné d’indice. Mais qu’il soit professionnel de santé ou issu de l’élite politique, l’heureux élu héritera d’un ministère compliqué à gérer.

Au cours de ces 5 dernières années, le bras de fer n’a jamais cessé entre le ministère de la Santé et les syndicats de médecins, notamment autour du tiers payant généralisé décrié par une large majorité de la profession. Le malaise des soignants a également été l’un des gros dossiers de la ministre.

Le prochain locataire de l’avenue de Duquesne sera aussi attendu sur des questions plus sociales comme l’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) pour les couples de femmes homosexuelles, l’euthanasie ou encore la légalisation du cannabis. Autant de débats auxquels les associations souhaitent participer et faire entendre leur voix.

Face à ces enjeux, la rédaction de Pourquoidocteur a proposé à différentes personnalités du monde de la santé et associatif de livrer leur programme pour le prochain quinquennat. Le Dr William Lowenstein, médecin addictologue et président de SOS Addictions, détaille les mesures qu'il estime nécessaires.


« Moi, ministre de la Santé, j’ouvrirai trois chantiers majeurs, sanitaire, social et sécuritaire.

Je ferai évoluer la législation sur le cannabis. La politique de prohibition a totalement échoué. Notre pays est devenu un des plus grands consommateurs mondiaux de cette substance psycho-active. L’abus de cannabis est devenu un problème majeur de santé publique chez les adolescents. Il ne suffira pas de légaliser pour protéger les mineurs des méfaits du cannabis quand existe un usage régulier, intensif et précoce. Afin de fortifier des politiques de préventions et de réduction des risques sur ce sujet et « couper l’herbe sous le pied » des réseaux mafieux, je réunirai un « groupe de travail-commando » sous la direction du Premier ministre pour livrer, en six mois, un projet structuré de nouvelle législation adossée à un programme sanitaire correctement budgétisé (par les taxes sur la production et la vente de cannabis) et des mesures sécuritaires pour protéger et informer les mineurs.

Le second objectif est de créer une génération sans tabac. Nous connaissons la « trilogie efficace pour faire baisser un tabagisme parmi les plus importants d’Europe et responsable de 79 000 morts par an. Elle associe paquet neutre (c’est fait), augmentation brutale du prix du paquet de cigarettes et un soutien à la meilleure arme antitabac : le vapotage ou usage de la e-cigarette sur le modèle du Royaume-Uni.

Enfin, concernant l’alcool, il faut diminuer les abus et dépendances, responsables de 50 000 morts par an. Pour cela il convient de « dénormaliser » la consommation régulière et intensive d’alcool dans notre pays, « retricoter » la loi Evin, détricotée durant ce quinquennat, et surtout, soutenir le repérage précoce. L’accès aux médicaments régulateurs de la consommation d’alcool doit être facilité, par l’engagement des médecins généralistes et pas seulement des addictologues.

L’éparpillement actuel des actions (MILDECA, ministères de l’Intérieur, de l’Economie, de la Santé, Direction générale de la Santé, etc.) explique en partie l'insuffisance des résultats sanitaires. Il nous faudra donc nous inspirer du « modèle sida » ou du «modèle sécurité routière » pour soit créer une Agence Nationale des Addictions rassemblant les acteurs disséminés, soit étendre largement les missions et renforcer les moyens de la MILDECA. Ce sont des nécessités prioritaires pour sortir du manque de coordination et d’efficacité du système actuel. »



Source : Pourquoi docteur
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