Retour sur le rapport très constesté sur la cigarette électronique par le médecin en chef des Etats-Unis

Publié le par Monsieur Vapoteur

Retour sur le rapport très constesté sur la cigarette électronique par le médecin en chef des Etats-Unis
Un rapport du directeur de la Santé publique aux Etats-Unis qualifie la cigarette électronique de " danger majeur pour la santé publique ", faisant bondir nombre d'experts qui voient dans ce dispositif un outil de réduction des risques du tabagisme.

" Un danger majeur pour la santé publique ", c'est ainsi que le directeur de la Santé publique aux Etats-Unis, le médecin chef Vivek H. Murthy, a qualifié la cigarette électronique dans le plus important rapport publié à ce jour aux Etats-Unis par les autorités sanitaires fédérales sur le sujet. Mais il convient de rappeler qu'elle se concentre sur le vapotage des adolescents et des jeunes adultes (moins de 25 ans) et que, de fait, elle ignore volontairement son rôle éventuel dans la sortie du tabagisme.

" Tous les Américains doivent savoir que les cigarettes électroniques sont dangereuses pour les adolescents et les jeunes adultes ", insiste Vivek Murthy. Trois axes sont développés pour soutenir cette position qui s'oppose à la tendance notamment portée par les autorités sanitaires britanniques mais aussi - plus timidement - en France, qui voit en la e-cigarette un outil de réduction du tabagisme. D'abord, le rôle de la nicotine, à même de créer une dépendance à tout âge et d'avoir des effets sur le cerveau en développement des jeunes. Ensuite, le rapport évoque les aérosols produits par le vapotage qui pourraient exposer les autres à des substances chimiques potentiellement dangereuses. En France, le Haut Conseil en santé publique (HCSP) avait jugé que le vapotage passif " ne présenterait pas ou peu de risque ".  Le troisième axe est celui du vapotage comme porte d'entrée du tabac chez les jeunes. Celui-ci serait en effet " fortement lié à l'usage d'autre produits du tabac chez les adolescents et jeunes adultes ". Sauf que, là-aussi, la question est âprement débattue entre experts, et que les dernières données collectées en France par le HCSP et au Royaume-Uni par le King's College London tendent plutôt à invalider cette hypothèse.

" Le rapport est scientifiquement malhonnête " - Pr Michael Siegel, Ecole de santé publique de l'université de Boston

La publication du rapport américain le 9 décembre 2016 a fait réagir nombre d'experts en santé publique qui travaillent sur l'intérêt potentiel de la cigarette électronique comme outil de réduction des risques et de sevrage tabagique. Contacté par Sciences et Avenir, le Dr Lion Shabab du University College London regrette que le rapport adopte " une courte vue sur le potentiel de la e-cigarette en tant qu'outil de réduction des risques du tabagisme, tout en exagérant ses potentiels effets néfastes ". Ce chercheur pointe l'erreur principale du rapport qui classe d'emblée la e-cigarette dans la catégorie des produits du tabac. " A l'inverse du tabac fumé qui utilise la combustion pour délivrer dans les poumons de la fumée contenant de la nicotine, du goudron et de nombreuses substances toxiques, les cigarettes électronique ne brûlent pas de tabac. Il est donc trompeur de classer la e-cigarette comme un produit du tabac ".

Même son de cloche du côté du Dr Lynne Dawkins de la London South Bank University, également contactée par la rédaction : " Selon moi, ce rapport est une représentation pauvre et biaisée des preuves dont on dispose sur la question, attaque la chercheuse. Le rapport classe faussement les e-cigarettes dans la catégorie des produits du tabac et ne resitue pas les effets néfastes potentiels dans leur contexte (c'est-à-dire en les comparant au fait de fumer du tabac). " Surtout, " en choisissant de se concentrer sur les jeunes et d'ignorer que la e-cigarette est une alternative moins dangereuse pour les adultes fumeurs, il se rend incapable de mesurer adéquatement la balance des bénéfices et des risques ". Enfin, " s'il est vrai que les jeunes s'essayent à la e-cigarette, ils sont très peu à l'utiliser quotidiennement. Et la plupart d'entre eux l'essaye sans nicotine ". Pour Michael Siegel, éminent professeur à l'école de santé publique de l'université de Boston, " le rapport est scientifiquement malhonnête ". Dans une note publiée sur son blog Tobacco Analysis, il pointe à l'instar de ses confrères que " le vapotage n'est pas une forme d'utilisation du tabac " et insiste également : malgré l'explosion du vapotage parmi les jeunes, le nombre de fumeurs de cigarettes classiques est à un niveau historiquement bas aux Etats-Unis et est même passé sous les 40 millions pour la première fois depuis le début des statistiques il y a 50 ans.

Un rapport qui pourrait faire des dégâts chez les jeunes

En ce qui concerne les effets de la nicotine sur le développement du cerveau, les trois experts s'accordent à dire qu'ils ne sont pas avérés. Les seules données disponibles sur cette question reposent sur des recherches animales, essentiellement des rongeurs. Or " la solidité de telles conclusions pour l'homme est très limitée du fait de différences biologiques importantes entre les espèces, que ce soit du point de vue de la morphologie ou de la physiologie ", détaille Lion Shabab. La question d'une nocivité de la nicotine pure chez l'homme est là aussi un débat complexe étrangement simplifié par le rapport du Médecin chef.

Le Dr Shabab résume ainsi la pensée des scientifiques qui voit dans la e-cigarette un outil de réduction des risques : Il est clair que dans un monde idéal, les adolescents ne consommeraient ni cigarette ni e-cigarette. Mais la réalité, c'est qu'en dépit de décennies d'efforts pour réduire le tabagisme, le plus dangereux des produits du tabac - la cigarette - est encore un produit de consommation parfaitement légal ; alors même qu'il rend non seulement dépendant mais tue aussi ses consommateurs. De fait, chaque année, des milliers d'adolescents commencent à fumer des cigarettes. Or si les e-cigarettes peuvent détourner les adolescents du tabac fumé, elles auraient très probablement un effet bénéfique sur la population. Il faut savoir que l'usage quotidien de e-cigarettes chez les jeunes reste extrêmement rare, et est d'abord le fait de ceux qui fument déjà. En exagérant les dangers de la e-cigarette et en ignorant son potentiel d'outil de réduction du tabagisme, y compris chez les adolescent, le rapport du Médecin chef des Etats-Unis pourrait avoir des conséquences non souhaitées et conduire plus de jeunes vers des produits du tabac fumé.


Source : Sciences et avenir

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