Etude entre le vapotage et le champix

Publié le par Monsieur Vapoteur

Etude entre le vapotage et le champix
La forte croissance, commerciale et sociale, du vapotage a pris nombre de spécialistes par surprise. Dans un univers balisé et voué à une victoire lente et progressive mais partielle contre le tabagisme, militants, tabacologues, médecins et scientifiques ont découvert un objet à vapeur non identifié.

Certains ont accepté les changements de pratique et de nouvelles évidences : la vape permet aux utilisateurs d’arrêter ou de réduire leur consommation de tabac. D’autres n’y prêteront intérêt que le jour où ces résultats seront validés et « officialisés » par des études reconnues.

Le vapotage est une pratique ordinaire qui se superpose et prend l’ascendant sur le tabagisme ; ce tabagisme même qui demeure perçu par la population comme une autre pratique ordinaire en dépit des mauvais jugements qu’il engendre : la moitié des Français est, ou a été fumeur. Seules la pollution automobile et la consommation quotidienne de viande et de nourritures trop salées/sucrées constituent des habitudes mortifères de même ampleur.

Or, changer une pratique ne relève pas de la prescription médicale. La santé publique permet toutefois au praticien de délivrer conseils et recommandations et d’orienter les choix, pour peu que la personne suivie en accepte le principe. Cette approche, fondée sur la recommandation de pratiques moins risquées est mieux adaptée à de nombreux fumeurs qui ne se perçoivent pas comme des « malades ».

Nous nous trouvons aujourd’hui devant la confrontation de ces approches avec l’annonce d’une étude comparative entre le vapotage et le Champix®, financée non par le fabricant du médicament mais par la puissance publique.

Comme il semble que l’on préfère encore tout ignorer du vapotage et des mécanismes de son succès, on se prépare à appliquer sans réfléchir une méthodologie propre au médicament en comparant médicament et vapotage médicalisé, avec nicotine et cachet placebo, ou sans nicotine et avec cachet placebo ou sans nicotine et avec Champix®. C’est une approche sans doute adaptée à la pharmacie, au carrefour de la médecine et de la chimie, mais appliquée à tout autre chose (l’article dans Le Monde du 30 mai 2016).

Certes, sur un échantillon large et représentatif, les facteurs externes sont neutralisés mais on se prépare à éliminer ainsi ce qui fait la nature et le succès du vapotage : une pratique ordinaire, un produit de consommation courante avec ses caractéristiques : choix, conseil, communauté d’utilisateurs, bouche-à-oreille, marketing, diversité, ludisme et plaisir.

Il est encore plus surprenant de ne pas s’être entouré de professionnels au fait de telles caractéristiques : vendeurs accompagnant chaque jour de nombreux clients ou tabacologues recommandant le vapotage, comme certains médecins recommandent des recettes moins riches en sel à leurs patients. D’autant que pour le Champix® les recommandations du laboratoire fabricant seront, elles, bien prises en compte. De tels conseils auraient certainement souligné l’importance du choix du dosage en nicotine, de son évolution dans le temps, ou du choix et des changements d’arômes, et aurait évité un phénomène de sous-dosage fréquent au démarrage (les tabacologues dans leurs pratiques utilisent régulièrement des dosages plus élevés, du moins au début).

C’est ainsi ignorer un facteur déterminant du succès du vapotage que d’exiger un arôme et un seul (“ tabac blond ”), et une concentration entre 10 et 16mg/ml. C’est méconnaître les goûts versatiles, la transition vers les arômes fruités ou gourmands, et la baisse progressive des concentrations, constatés chez beaucoup de vapoteurs, ainsi que l’indiquait le sondage publié par l’Aiduce en 2014.

Les quantités de liquide exposées dans l’appel d’offre (moins d’1 ml/jour/participant) et le peu de variété des saveurs et matériels recherchés traduisent peut-être, sur la base d’une consommation plus classique d’environ 2 ml/jour/personne, l’anticipation d’un taux d’échec relativement important puisqu’on peut estimer qu’elles correspondraient par exemple à un taux d’échec de 70% environ dans le groupe vape avec nicotine et Champix® et de 95% dans le groupe placebo et vape sans nicotine.

On s’étonne également devant un appel d’offre public** portant sur un produit qui n’existe pas, alors qu’une simple étude d’opportunité (marché, produits et usages représentatifs) aurait évité de gaspiller l’argent public dans des achats aventureux, surtout pour des résultats dont on mesure déjà qu’ils ne seront pas significatifs. En effet, une box d’une puissance limitée à 9W avec contrôle de température et résistances de 1,5Ω ne correspond pas à un produit disponible aujourd’hui sur le marché, même dans les surplus ou chez les fabricants de tabac (exemplaire du cahier des charges).

De plus, la quantité de résistances commandées (une seule pour 10 flacons commandés, ou 7 si l’on anticipe la fourniture de résistances avec les kits) n’est absolument pas réaliste en regard des pratiques des utilisateurs. Anticiper une si basse consommation revient à planifier soit un taux d’échec encore plus élevé et un gaspillage de liquide inutilisé, soit une sur-utilisation des résistances, donc des risques de surchauffe des liquides, de perte d’arômes, voire de nocivité si l’on s’obstine.

Il est encore une fois extrêmement regrettable que les organisateurs de cette étude n’aient pas tenu compte de l’avis des professionnels, des utilisateurs, ou des scientifiques ayant déjà acquis une expérience sérieuse dans ce domaine. Les publications de l’Aiduce, ou du professeur K. Farsalinos, ou les formations proposées par la Fivape ou Amzer Glas auraient été fort instructives pour la préparer plus sérieusement.

En tout état de cause, l’Aiduce félicite déjà les participants des trois groupes qui auront, comme nombre de ses membres, mis un terme à leur tabagisme, quelle que soit la façon dont ils y parviendront et accueilleront avec joie tous ceux qui auront apprécié le vapotage et souhaiteront partager et poursuivre leur expérience.

Nous demeurons toutefois très prudents et circonspects sur les conclusions qui seront publiées, et ne cachons pas notre inquiétude de devoir nous battre contre de futures affirmations injustes, les biais de l’étude étant, de notre point de vue, bien trop nombreux.

Qu’aurait-on pu faire pour utiliser au mieux les deniers publics sans pervertir la science ? Sans doute en revenir à la notion fondamentale de santé publique. Et accepter cette réalité : l’efficacité globale d’un dispositif ou d’un médicament dans la lutte contre le tabagisme n’est que le produit de son efficacité intrinsèque par la capacité d’un fumeur à l’accepter et à en user. Le simple fait de médicaliser l’arrêt du tabagisme est à l’heure actuelle un facteur important de son échec.

* La méthodologie

- Le groupe sans nicotine et avec placebo est constitué de fumeurs volontaires pour arrêter, leur taux d’échec sera supérieur aux résultats de prise en charge de cette population par la médecine d’après de nombreuses études. Quid de la responsabilité envers ces fumeurs et des conséquences sur leur santé ?

- Vouloir éliminer les facteurs externes quand simplement goûter la vape de son voisin permet de savoir dans quel groupe le volontaire se trouve. Tout comme vouloir éliminer les facteurs externes en faisant vapoter les volontaires sous Champix®, ce qui revient à comparer l’effet de la nicotine dans un traitement médical du tabagisme quand le sujet même du vapotage est de ne pas être médicalisé mais une pratique courante qui remplace puis élimine une pratique courante à risque.

- Quitte à “ tester ” le vapotage, en tester un ersatz, sans choix, sans conseil et sans variété, trois facteurs prépondérants de ce qu’est le vapotage même...

- Ignorer les parcours de remplacement progressif du tabagisme, statistiquement majoritaires aujourd’hui.

** les incohérences de l’appel d’offre

- S’appeler “ ECSMOKE ” plutôt que “ ECVAPE ” qui marquerait moins le préjugé.

- Une “ box ” avec une puissance maximale de 6 à 9W ne correspond pas au matériel actuel efficace, voire n’existe simplement pas, elles sont généralement à 20-75W de maximum aujourd’hui comme la littérature scientifique l’indique en montrant que le passage des vapoteurs à 12-20W et au-delà a beaucoup amélioré la qualité et l’efficacité.

- Le contrôle de température, qu’on ne connaît pas sur des box à moins de 40W, s’effectue bien sur des résistance Ni200, en nickel, ou Ti, en Titane, voire en acier inoxydable, mais avec des valeurs de résistance de 3 à 10x inférieures et rarement recommandées aux débutant, si ce n’est comme option de progression pour ceux qui savent manier cette fonction encore un peu compliquée.

- La quantité de liquide si l’on n’anticipe pas un taux d’abandon de 70% (et 95% pour le bras prévisible).

- La quantité de résistances, une pour 10 flacons commandés ou 7 si l’on anticipe la fourniture de résistances avec les kits. On recommande de changer de résistance toutes les 2-3 semaines pour une consommation de 2-3ml/j, soit 40ml de eLiquide, ce qui est déjà beaucoup et suppose une vape “ tranquille ” (donc avec un taux de nicotine adapté).

- Un seul arôme et une seule option en nicotine alors que toutes les enquêtes montrent l’importance au démarrage de trouver “ son ” liquide et sur la durée de changer / multiplier les arômes et de l’évolution de la quantité de nicotine (généralement plutôt à la baisse).

- La directive 2014/40/UE (TPD) n’est pas une norme, loin de là, et n’est pas applicable en date de l’appel d’offre.

- Oubli de la mention des normes AFNOR (qui elles sont bien des normes).


Source : Aiduce

Commenter cet article