Une députée européenne s'exprime sur la TPD

Publié le par Monsieur Vapoteur

Une députée européenne s'exprime sur la TPD
Je vous propose de découvrir une interview de Françoise Grossetête, députée européenne, par le site Atlantico.

Quels sont les principaux points à retenir de la directive européenne sur la cigarette électronique qui est sur le point d’être appliquée ? En quoi serait-elle contraignante pour les utilisateurs de e-cigarettes ?

Cette directive n’entrera en vigueur que le 20 mai prochain, mais elle a été adoptée en 2014. Les discussions ont eu lieu bien avant. En ce qui concerne l’e-cigarette, nous nous étions beaucoup posés la question de son statut lorsque nous avions élaboré cette directive. Finalement, nous n’avions pas véritablement tranché sur la question de son statut, entre le médicament et le produit de tabac. Elle a donc un statut spécifique de produit connexe. Ce n’était pas très glorieux, je n’étais pas vraiment satisfaite car nous n’avions pas été capables de trancher.

Il faut se rappeler qu’à cette époque-là, la cigarette électronique était un phénomène très nouveau et que nous n’avions pas de recul, d’analyse scientifique ou d’avis d’experts sur la question.
La directive qui entrera en vigueur le 20 mai stipule que le taux de nicotine des cigarettes électroniques devra être limité à 20mg/ml pour qu’elle puisse rester en vente libre. Par ailleurs, la vente sera interdite aux mineurs.

Toute communication ou publicité sur la cigarette électronique sera également interdite. De même, et cela fait l’objet de beaucoup de critiques de la part des commerçants, les vitrines des boutiques devront être opaques, et ce pour ne pas inciter à l’usage et l’achat de cigarettes électroniques.

Les flacons de liquide des cigarettes électroniques ne pourront plus dépasser 10ml, ce qui obligera les utilisateurs à en acheter beaucoup plus souvent. L’idée ici est de faire en sorte que cela ne devienne pas une addiction.

Enfin, la contenance des réservoirs de cigarettes électroniques sera elle aussi limitée à 2ml, afin d’éviter un vapotage trop intensif.

Parmi les mesures annoncées, l’interdiction de la publicité à la radio, à la télévision ou dans les journaux pour les fabricants de cigarette électronique. De même, le contenu des boutiques de Françoise-Grossetêtecigarettes électroniques ne pourra plus être visible de l’extérieur pour les passants. N’est-ce pas excessif, alors que les bureaux de tabac « traditionnels » affichent, eux, ostensiblement la nature de leur commerce ?

On peut effectivement tous se poser la question. Il y a peut-être un effet « deux poids, deux mesures ». Lorsque ces dispositions ont été prises, nous étions dans l’incertitude et l’ignorance des conséquences de l’usage de cigarettes électroniques. Nous ne savions pas s’il y avait des risques pour la santé ou pour une possible addiction. Il y a finalement eu une grande prudence, et je reconnais que cela crée deux poids, deux mesures, avec les bureaux de tabac qui s’affichent librement (même avec la législation sur le paquet neutre).

Il y a une ambigüité. C’est fait pour éviter que les jeunes ne soient trop tentés par la cigarette électronique. Nous étions vraiment dans le brouillard en 2013. Or, aujourd’hui, je ne peux pas dire qu’on soit mieux informé ou que l’on ait vraiment l’esprit très clair sur la cigarette électronique.
Il y a des avis d’experts scientifiques qui ont été donnés, mais ils sont parfois divergents. L’Observatoire français des drogues et toxicomanies a publié une étude sur la cigarette électronique affirmant qu’étant donné qu’il n’y a pas de combustion, elle ne dégage pas de substance cancérogène, de monoxyde de carbone ou de goudron.

D’autres assurent que cela dépend beaucoup des concentrations, car les flacons de liquide aromatisés contiennent du propylène glycol (un solvant), de la glycérine végétale, des addictifs, de la nicotine à différente concentration, etc.

Quand on sait que les flacons de liquides aromatisés ne sont pas tous produits de la même manière et n’ont pas tous les mêmes contenants, on peut s’interroger.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a précisé que pour des concentrations inférieures à 20mg/20ml, ces substances peuvent produire des effets indésirables graves. Etant donné que ces concentrations sont peu importantes, les produits sont plus concentrés et peuvent donc être plus toxiques. Si une cigarette électronique tombe à ce moment-là dans la main d’un enfant, il peut y avoir des problèmes cutanés, voire des soucis plus graves en cas d’ingestion.

Les avis sont donc un peu divergents. Ce n’est pas un produit qui paraît excessivement dangereux, mais son usage peut entraîner des effets indésirables.

En avril dernier, le Royal College of Physicians, prestigieuse institution britannique, a publié un rapport très commenté sur les bienfaits de la cigarette électronique dans la lutte contre les méfaits du tabagisme. Comment expliquer le décalage entre ce rapport et les nouvelles mesures prises par l’UE ? Quelle est la part de responsabilité des lobbies de fabricants de cigarettes dans cette affaire ?

La cigarette électronique, effectivement, peut être un bon moyen pour un gros fumeur d’essayer de passer à autre chose et d’arrêter de fumer.

Notamment chez celui pour qui les patches à la nicotine n’ont servi à rien. Un certain nombre de pneumologues et cancérologues affirment que dans ce cas-là, la cigarette électronique est beaucoup moins dangereuse que la cigarette elle-même. Cela peut alors être une étape en vue d’arrêter de fumer.
Mais de la même manière, un jeune qui va commencer à fumer par la cigarette électronique peut aussi, petit à petit, se sentir incité par la nicotine et tous les addictifs que l’on met dans les flacons de cigarette électronique. Cela peut aussi inciter à passer un jour à la cigarette « normale ».

Elle peut donc dans certains cas être positive pour essayer d’arrêter de fumer, mais également négative dans d’autres cas en incitant à aller plus loin.

Nous voyons des professeurs de médecine qui assurent que la cigarette électronique est « formidable », mais quand on regarde de plus près ces avis-là, on s’aperçoit qu’il y a des liens entre certains de ces experts scientifiques et l’industrie du tabac. Je suis donc un peu sceptique, même si je n’ai pas de preuves directes de manipulation. Il faut vraiment avoir recours à des avis totalement indépendants et avoir la certitude qu’il n’y a pas de conflits d’intérêts à un moment ou un autre.
Lors des débats sur cette directive européenne, j’avais défendu la position selon laquelle la cigarette électronique, si elle est considérée au même titre que le patch comme un moyen d’arrêter de fumer, devrait être considérée comme un médicament et être vendue en pharmacie et non pas dans les bureaux de tabac ou les magasins spécialisés. Cette position n’a malheureusement pas été suivie, mais je continue de penser que cela rendrait tout cela plus clair.

Enfin, il faut souligner que nous attendons un rapport de la Commission européenne, censé arriver d’ici la fin du mois de mai, sur les risques potentiels de l’utilisation de ces cigarettes électroniques rechargeables sur la santé publique. Ce rapport promet d’être très intéressant. Comme nous étions à l’époque dans l’ignorance totale sur ce sujet, peut-être qu’il pourra servir de base de travail pour le futur.


Source : Atlantico

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