Résumé du 1er Sommet de la vape

Publié le par Monsieur Vapoteur

Résumé du 1er Sommet de la vape
À l'issue du 1er Sommet de la vape organisé lundi 9 mai 2016 au conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam), une chose est apparue certaine : pour les fumeurs souhaitant arrêter le tabac, l'usage de la cigarette électronique " devrait être recommandé et même remboursé par la sécurité sociale " lance le Pr Roger Salamon. Le président du Haut Conseil de santé publique (HCSP) n'est pourtant pas identifié dans l'assistance comme un fervent soutien du vapotage. Et pour cause, le dernier rapport du HCSP émettait des réserves sur l'outil en question. De sorte qu'une certaine tension existe entre les " pro-vape ", venus nombreux ce jour, et les autorités sanitaires françaises qui prônent la prudence. La frilosité diront les pro-vape les plus modérés...

Une prise en main de la dépendance par les dépendants eux-mêmes

Mais la grande réussite de ce 1er Sommet de la vape est d'avoir réuni médecins, scientifiques, industriels, utilisateurs et représentants des pouvoirs publics afin de faire le point sur l'état des connaissances autour de la cigarette électronique. L'Académie de médecine était elle aussi présente par la voix du Pr Gérard Dubois qui a rappelé la singularité de l'émergence du vapotage dans la société : " C'est une prise en main de la dépendance par les dépendants eux-mêmes ", comparant le phénomène à celui du Baclofène chez les alcooliques. Il a notamment signalé l'impact positif de l'arrivée de la cigarette électronique en France : " les 10 années qui suivent la loi Evin (1991) sont positives dans la lutte anti-tabac. Mais après, jusqu'en 2012, la situation tendait à stagner. " 2012 est l'année de l'arrivée du vapotage en France, année à partir de laquelle une forte baisse des ventes de tabac a été enregistrée.

Ce qui ressort de cette journée, c'est que malgré quelques études alarmistes de mauvaise qualité (la dernière en date décryptée par Sciences et Avenir), les données qui arrivent sont très favorables en terme de santé publique à la cigarette électronique. Notamment les deux rapports publiés par les autorités sanitaires britanniques en 2015 par le Public Health England et en 2016 par le Royal College of Physicians. Il en va de même pour le " vapotage passif " dont la nocivité est jugée négligeable. Enfin, les craintes que le vapotage puisse constituer une porte d'entrée au tabac semble de moins en moins fondées. En effet, la dernière enquête annuelle de l'association Paris sans tabac, dont les résultats ont été présentés hier par le Pr Dautzenberg, révèlent que bien loin de conduire au tabac, la cigarette électronique aurait plutôt tendance à se poser en concurrent direct. " Après avoir été inquiet jusqu’en 2013, plutôt rassuré en 2014, je suis en 2016 convaincu que l’e-cigarette est beaucoup plus un concurrent du tabac qu’une porte d’entrée en tabagisme chez les élèves parisiens " se félicite le Pr Dautzenberg.

Que faire de la e-cigarette dans l'espace public ?

Reste que la question de la place à accorder au vapotage dans la société est encore très conflictuelle. Vapoter dans les lieux publics clos ? L'Académie de médecine reste contre, tout comme le HCSP et, a fortiori, la direction générale de la santé. L'argument principal est d'éviter une banalisation du vapotage. Le Pr Dubois argue ainsi que la simple vue de la fumée constitue chez les fumeurs un signal d'autorisation à fumer et que, de fait, la vision de la vapeur pourrait constituer un signal similaire.

Pour Roger Salamon, il existe " beaucoup d'a priori positifs, mais encore peu de données probantes " sur l'impact social du vapotage. Rappelant à certains pro peut-être trop enthousiastes que " la question n'est pas de savoir si on est pour ou contre, mais de déterminer à quoi cela peut servir, et comment ". Dans le dernier rapport du HCSP, trois profils étaient établis : les fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer, les fumeurs qui ne souhaitent pas arrêter, et les non fumeurs. Pour les premiers, c'est clair : il faut essayer la cigarette électronique comme outil de sevrage tabagique. Pour le second groupe, le risque est de les voir vapoter là où il est interdit de fumer, mais sans se désintoxiquer du tabac. Pour les non-fumeurs, l'idée est bien sûr de ne pas les encourager à développer une nouvelle addiction, aussi peu nocive soit-elle.

Une participante semble ainsi faire mouche lorsqu'elle s'étonne que Tabac info service ne parle pas de la cigarette électronique comme outil de sevrage. Une remarque qui étonne d'ailleurs Roger Salamon et le secrétaire général de la santé, Benoît Vallet, représentant de la ministre Marisol Touraine. En réalité, le site Tabac info service consacre bien une page complète à la cigarette électronique dans la rubrique " je choisis ma stratégie ", mais sur un ton peu compatible avec les données les plus récentes. Surtout, l'assistance téléphonique (39 89) contactée par Sciences et Avenir reconnait que la consigne est de ne pas évoquer la cigarette électronique aux fumeurs qui ne se seraient pas encore tournés vers cet outil. Peut-être une chose à corriger.

" Le dossier a avancé avec beaucoup de nouveaux éléments - Benoît Vallet, directeur général de la santé "

Benoît Vallet est lui venu écouter au nom du ministère de la Santé les attentes d'une communauté hétéroclite. Il reconnaît ainsi que " le dossier a avancé avec beaucoup de nouveaux éléments " à prendre en compte. La démarche d'inscrire la e-cigarette dans le sevrage et une logique de réduction des risques semble ainsi faire son chemin. Il s'est ainsi engagé publiquement à travailler plus étroitement avec les acteurs du vapotage en France en constituant notamment un groupe de travail au sein de la nouvelle agence Santé publique France. Il a toutefois rappelé que cette démarche devait être entourées de précautions. Et, lorsqu'une participante l'a interpellé pour comparer les fumeurs aux passagers d'un paquebot qui coulerait et à qui on n'indiquerait pas la présence de canots de sauvetage, Benoît Vallet de répondre " à condition que les canots ne soient pas troués ". Quoiqu'il en soit, que les fumeurs qui souhaitent arrêter se le disent : et pourquoi pas la cigarette électronique ?


Source : Science et avenir

Commenter cet article