L'industrie du tabac dans une mauvaise passe

Publié le par Monsieur Vapoteur

L'industrie du tabac dans une mauvaise passe
L’industrie des cigarettes traverse une passe compliquée. A peine remise du choc de la concurrence de la cigarette électronique, la voici désormais confrontée au paquet neutre...

Cigarettes, cartouches ou tabac à rouler : sur le marché français, depuis quelques jours, les industriels n’ont ainsi plus le droit de produire que des paquets sans logo, de couleur vert foncé, dotés d’avertissements sanitaires et de photos de malades. A partir du 1er janvier 2017, les buralistes ne pourront vendre que ces paquets neutres. Une mesure phare de la loi Touraine, soutenue par l’Organisation Mondiale de la Santé pour mettre freiner le fléau du tabagisme (voir encadré), et lancée en parallèle au Royaume-Uni.

Les industriels menacent d'un recours

Et ce, malgré le lobbying des buralistes et la menace des industriels - Seita, la filiale française du cigarettier britannique Imperial Tobacco, ou encore Japan Tobacco International (JTI) - de déposer des recours devant le Conseil d’Etat pour violation du " respect des droits de propriété intellectuelle ", liés à leurs marques. Pourtant, en décembre dernier, l'Australie, premier pays à avoir mis en place le paquet neutre, avait remporté une victoire juridique : Philip Morris avait vu son recours échouer auprès d'un tribunal arbitral, qui s'était dit incompétent sur la question.

Avec le paquet neutre, une érosion des ventes préméditée

Les industriels le savent bien : l’impact du paquet neutre pourrait être massif dans l’Hexagone. Plus de 80% du prix des cigarettes est constitué de taxes, les fabricants touchant moins de 10% du prix des paquets, actuellement vendus entre 6,50 et 7 euros. Selon une étude commandée en juillet 2015 par JTI au cabinet de conseil français MAPP, le paquet neutre pourrait susciter une érosion des ventes au profit de produits non taxés - cigarettes d'importation légale, contrebande, ou encore de contrefaçon – ou de cigarettes moins chères, jusqu’à amputer de 2 milliards les 14 milliards d'euros annuels que représente la fiscalité du tabac. Sans compter, évidemment, les pertes pour l'industrie...

La cigarette électronique, une concurrente directe...

Un coup dur, alors que l’industrie du tabac semblait à peine se remettre de l’arrivée des cigarettes électroniques. Au premier trimestre 2016, comme en 2015 (avec 45,5 milliards d’unités vendues), les ventes de cigarettes classiques ont ainsi augmenté en France de 1% selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

Mais elles se sont massivement écroulées entre 2012 et 2014, passant de 61,5 à 45 milliards. Les raisons ? Une augmentation régulière des prix, et l’arrivée en fanfare de l’e-cigarette. Elles était déjà utilisée par 6% des Français âgés de 15 à 75 ans en 2014 selon l’OFDT. Très majoritairement des fumeurs réguliers qui la consomment comme une démarche d’alternative ou de préalable au sevrage complet. Un constat partagé par une étude récente de l’Inserm menée auprès de la cohorte Constances, qui compte 100 000 membres.

... mais en déperdition

Les fabricants de cigarettes électroniques se sont néanmoins sans doute réjouis un peu trop vite. En 2013, ils estimaient le marché français à 250 millions d'euros, et visaient les 400 millions pour l’année suivante. A l’échelle mondiale, ils espéraient capter jusqu'à la moitié du marché de la cigarette dans les dix prochaines années, soit 270 milliards d'euros. Or leur essor a marqué le pas en 2015, note l’OFDT : " l’engouement pour ce produit devient moins prononcé, au gré des études contradictoires sur son innocuité ". Leur chiffre d’affaires a baissé de 10% l’an dernier, confirme le cabinet d’études Xerfi.

Et la cigarette électronique doit affronter à son tour des contraintes réglementaires, avec l'interdiction du vapotage dans certains lieux publics et la limitation de la publicité à l’échelle européenne. En France, une ordonnance publiée au Journal Officiel vient ainsi d’interdire toute "propagande ou publicité directe" en faveur de l’e-cigarette et ses dérivés.

Conventionnelle ou non, les temps sont durs pour la cigarette. Le dernier coup a été porté par l’assureur Axa : le 23 mai, il a annoncé se désengager de l'industrie du tabac en cédant ses actifs liés à ce secteur pour environ 1,8 milliard d'euros. " Cette décision a un coût, mais notre conviction est claire : le coût humain du tabac est dramatique, son coût économique est énorme ", estime Thomas Buberl, le futur directeur général du groupe, qui se dit " assureur santé et investisseur responsable ".

Le tabac, fléau mortel et perte de productivité

La ministre de la Santé Marisol Touraine vient d’annoncer la création d'un " fonds de prévention du tabagisme ", doté de 32 millions d'euros, pour " renforcer les mesures " incitant à abandonner la cigarette. Le tabac reste néanmoins la première cause de mortalité en France, avec environ 78 000 décès par an. Et son coût sur la santé atteint 25,89 milliards d’euros sans parler des pertes de productivité évaluées à 8,6 milliards d’euros.


Source : Usine nouvelle

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