Des autorités sanitaires réservées malgré un plébiscite pour le vapotage

Publié le par Monsieur Vapoteur

Des autorités sanitaires réservées malgré un plébiscite pour le vapotage
Ce lundi, a eu lieu à Paris le premier sommet de la vape. L'occasion de faire le point sur les accords et désaccords autour de la cigarette électronique.

Dans le couloir, juste à la sortie de l’amphi du Conservatoire national des arts et métiers à Paris (Cnam), d’un coup surgit de la «fumée». Presque un nuage. C’est le temps de la pause. De la « fumée » en masse, mais pas une cigarette. Et pour cause, nous sommes ce lundi, au premier Sommet de la vape, entendez de la cigarette électronique. Et c’est peu banal. 300 participants se retrouvent dans une ambiance d’initiés et d’activistes. Etonnant cocktail où se mélangent des industriels, des médecins, des scientifiques, des politiques et bien sûr des utilisateurs. Avec un objectif, « débattre du meilleur moyen de favoriser l’essor de l’utilisation de la cigarette électronique en tant qu’alternative au tabac chez les fumeurs et de minimiser les potentiels effets négatifs ».

« Situation inédite »

« L’idée est de rassembler un peu tout le monde », explique le professeur Didier Jayle, en charge des questions de santé au Cnam. « Car la France est dans une situation particulière », poursuit le pneumologue Bertrand Dautzenberg, qui a coordonné en mai 2013 un rapport sur la cigarette électronique pour le ministère français de la Santé. « On est dans un pays où il y a le plus de vapoteurs, et où pourtant les autorités sanitaires semblent réservées, du moins prudentes. En même temps, on est face à une situation inédite. Pour la première fois, en matière d’addictologie, ce sont les personnes qui imposent aux professionnels ce nouvel outil de réduction des risques. » Là est la grande nouveauté. En France, cela marche, la e-cigarette est plébiscitée : 7,7 à 9,2 millions de Français auraient déjà expérimenté la cigarette électronique. Et entre 1,1 et 1,9 million seraient vapoteurs réguliers, selon les données de l’Office français des drogues. Les vapoteurs sont en moyenne jeunes : 8% des 25-34 ans sont des utilisateurs quotidiens ; 45% des 15-24 ans ont essayé la cigarette électronique. « Et ce succès est d’autant plus impressionnant que ces derniers temps il y a eu une série de publications scientifiques inquiétantes », a expliqué le professeur Gérard Dubois, de l’Académie de médecine. Des publications peu fiables, à ses yeux. « En tout cas, depuis 2012 on a assisté en France à une baisse de la consommation de tabac. Et à l’exception de l’arrivée de la cigarette électronique, il n’y a pas d’autres éléments qui peuvent expliquer cette baisse. »

Lors de ce premier Sommet de la vape, l’idée des organisateurs a été de vouloir faire le point sur les accords et les désaccords, aujourd’hui, autour de la cigarette électronique. « Cela bouge, les choses ont fortement évolué », a précisé Bertrand Dautzenberg. Aujourd’hui, il y a un consensus pour dire que « les émissions de la vape sont au minimum plus de vingt fois moins toxiques que la fumée du tabac ». Et même accord pour noter que « les e-cigarettes et les e-liquides, classés comme des produits de consommation courante, ont en 2016 une qualité assurant un niveau de sécurité qui conduit à recommander l’e-cigarette à tous les fumeurs comme une des voies pour quitter le tabac », et qu’ainsi plusieurs centaines de milliers de fumeurs français ont grâce à la vape arrêté de fumer. Enfin, contrairement à une crainte souvent évoquée, ce n’est pas pour les jeunes une porte d’entrée vers le tabac, mais plutôt un concurrent du tabac.

Lieux publics

Reste un gros point de conflit : la réglementation du vapotage dans les lieux clos, même si tous les acteurs reconnaissent l’absence de risque de vapotage passif. En France, c’est donc interdit : on ne peut vapoter dans les lieux publics. Les autorités se calant sur une similitude entre les lieux où l’on peut fumer et les lieux où l’on peut vapoter. Avec cette idée qu’il ne faut pas banaliser le vapotage. « On est dans une situation paradoxale », a lâché un représentant des usagers. « Tout le monde reconnaît que la cigarette électronique est un très bon outil de réduction des risques, mais en même temps on a l’air de déranger. Pourtant, cela n’a pas l’air de déranger les autorités qu’il y ait de la pub pour l’alcool, ou pour les boissons énergisantes. Mais de la pub pour la vape, non ? »

Une gêne bizarre, diffuse. A l’image du professeur Roger Salomon qui préside le Haut comité de santé publique, qui, lors de son intervention, a passé son temps à s’inquiéter des risques de la cigarette électronique. « Les sociétés savantes sont réticentes », a murmuré, en écho, Bertrand Dautzenberg. « Elles ne voient pas de patients, nous, on les voit, et on voit combien la e-cigarette est un magnifique outil de réduction des risques. »

Venu pour conclure, Benoît Vallet, directeur général de la santé, s’est montré ouvert. Notant néanmoins : « Aujourd’hui, il semble qu’il y ait un tassement dans la progression de la e-cigarette, il faut essayer de comprendre pourquoi. » Puis il a raconté un entretien récent qu’il avait eu avec un responsable de Philip Morris ; cette gigantesque firme est en train de lancer une sorte de fume-cigarette, avec un tabac qui ne serait pas en combustion, mais simplement chauffé, et donc beaucoup moins nocif. « Et ils vont le proposer comme outil de réduction des risques. » Ou comment mélanger un peu tout...


Source : Libération

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