La cigarette électronique reculera-t-elle en 2016 ?

Publié le par Monsieur Vapoteur

La cigarette électronique reculera-t-elle en 2016 ?
Avec la nouvelle année viennent aussi les bonnes résolutions, dont celle d’arrêter de fumer. Or, la nouvelle Loi québécoise sur le tabac, adoptée il y a quelques semaines, va sûrement aider... mais j’espère qu’elle ne marginalisera pas du même coup la cigarette électronique.

Sante_et_scienceCette première révision de la loi sur le tabac depuis 2005 était entendue. Plusieurs dispositions ont d’ailleurs plein de bon sens. Par exemple, dorénavant, on ne pourra fumer sur les terrasses des bars et des restaurants.

Il est aussi interdit de fumer – enfin! – dans les voitures en présence d’enfants, de même que dans un rayon de neuf mètres des portes extérieures d’un lieu public. Dans les hôtels, le pourcentage maximal de chambre où il est permis de fumer est passé de 40 à 20 %.

Du point de vue de la composition du tabac, les compagnies ne peuvent plus ajouter d’arôme comme le menthol ou la framboise dans les produits de tabac, sauf dans les cigarettes électroniques et les produits destinés à l’exportation.

Dernier changement, de taille: la cigarette électronique fait maintenant partie des produits du tabac. J’y reviendrai.

Les effets terribles du tabac

Tout cela est une bonne chose pour la santé publique. Parce que le tabac est incroyablement nocif: la moitié des fumeurs meurent de complications, pas nécessairement les plus réjouissantes, puisqu’on parle d’infarctus, d’AVC, de cancer du poumon et d’autres cancers, etc. On lui attribue au Québec 10 000 morts prématurées chaque année. La longévité d’un «bon» fumeur serait diminuée de 10 ans. Durcir la loi était donc une excellente idée.

Il manque seulement l’«emballage neutre» pour compléter le tableau, une mesure ayant déjà fait ses preuves en Australie, où elle a contribué à faire passer le taux de tabagisme de 15 à 12 %.

Au fait, légiférer sur le tabac… ça fonctionne! On diminue ainsi efficacement le tabagisme et toutes les complications associées à celui-ci. Il est surprenant de constater que le tabagisme frisait les 50 % en 1960, et qu’il est passé à 15 % en 2015 au Canada. Par contre, on compte au Québec encore 20% de fumeurs. Plusieurs facteurs expliquent ces succès, notamment les taxes.

La cigarette électronique: un produit du tabac

La loi récente a donc aussi fait de la cigarette électronique un produit du tabac, ce qui soulève certaines questions.

D’abord, dans un certain sens, on ne peut dire qu’elle est vraiment un produit du tabac. La nicotine qu’elle peut contenir est présente dans une forme très purifiée, alors qu’elle est exempte des 4000 autres composants toxiques engendrés par la combustion de la fumée.

Je me demande ensuite si on ne court pas un risque à trop vouloir accoler cette image négative à la cigarette électronique. Va-t-on éloigner d’elle des fumeurs ?

Contrairement aux cigarettes en papier, leurs cousines électroniques peuvent heureusement être toujours exposées dans les vitrines des marchands. Et les saveurs ne sont toujours pas interdites, du moins pour l’instant – l’idée a circulé au ministère. C’est une excellente chose, puisqu’un des attraits des cigarettes électroniques est justement de pouvoir varier le goût.

Toxique ou pas ?

Est-ce que la cigarette électronique est toxique? Il est possible que certaines composantes cancérigènes soient présentes, notamment lorsqu’on l’utilise mal et qu’on brûle le produit. Mais ce qui est à peu près certain, c’est qu’elle l’est beaucoup moins que le tabac. Même sa fumée secondaire (qui est plutôt de la vapeur) retombe rapidement autour du «fumeur», de sorte que les personnes présentes sont peu ou pas exposées.

Toutefois, il faut reconnaître que les produits de la cigarette électronique sont peu règlementés, ce qui laisse place à certains risques, qui demeurent potentiels.

Quant à la nicotine, c’est évidemment une substance particulière, causant une dépendance importante, ce qui explique la grande difficulté d’arrêter de fumer. Il est vrai que la nicotine est toxique à haute dose, de sorte que les liquides pour cigarette électronique doivent être rangés dans un endroit sûr, le contenu d’une fiole pouvant effectivement tuer un enfant. Mais à dose normale, la nicotine pure semble peu toxique. On pourrait sans doute la comparer à la caféine, qui cause aussi certains effets secondaires et une dépendance, mais il n’est pas clair qu’elle rend malade par elle-même.

Il y a donc peu de problèmes à consommer régulièrement de la nicotine, que ce soit sous forme de cigarette électronique, de patch de nicotine ou de gomme à la nicotine. Il s’agit d’ailleurs d’excellents moyens pour aider les fumeurs à arrêter de fumer.

Efficace, la cigarette électronique ?

Par ailleurs, de plus en plus de données s’accumulent pour montrer que la cigarette électronique est un moyen efficace pour cesser de fumer. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant, puisque c’est le seul produit qui reproduit au moins partiellement (apparemment à 70 %) la montée rapide de concentration de la nicotine dans le sang de la cigarette, causant le «buzz» caractéristique de la fumée de cigarette (qui personnellement me donne mal au coeur).

L’effet s’approche de celui du tabac et beaucoup de fumeurs s’y reconnaissent, d’autant plus que le geste est semblable, ce qui contribue sans doute aux «succès». Comme outil d’arrêt du tabac, elle est efficace et doit demeurer disponible et facile d’accès.

Il ne faudrait donc pas que de l’associer aux «produits du tabac» éloigne les fumeurs de cet outil bénéfique.

Les craintes de la santé publique

Il existe toutefois d’autres craintes parmi les spécialistes de la santé publique, c’est l’utilisation de la cigarette électronique en première intention. On craint en effet que les jeunes soient attirés et qu’ils commencent ainsi à s’intéresser au tabac.

Pour l’instant, il n’est pas clair qu’elle favorise vraiment l’appropriation du tabac, mais par précaution, il est raisonnable d’en limiter l’accès aux personnes majeures.

On craint aussi une certaine «renormalisation» du geste de fumer avec la cigarette électronique, puisque son utilisation ressemble à celle de la cigarette et qu’elle est de plus en plus acceptée socialement. Trop cool de pouvoir produire d’énormes nuages de vapeur! Il existe même des concours de «nuages» de vapoteuses...

La loi est-elle trop sévère envers la cigarette électronique ?

À l’opposé, donner une image trop négative de la cigarette électronique pourrait éloigner les fumeurs, ce qui serait bien dommage. Les données à cet effet sont pourtant fragmentaires et loin des situations réelles d’utilisation. Interdire l’essai des cigarettes électroniques dans les boutiques rendra peut-être plus difficile son appropriation par les fumeurs.

La loi interdit maintenant la vente via le web de cigarettes électroniques et des liquides. Je n’ai pu valider la donnée, mais le responsable d’un regroupement de vendeurs participant avec moi à un panel radiophonique parlait d’un marché Web de 40 millions $ au Québec, donc substantiel. Pour les personnes demeurant loin des grands centres, espérons que cette portion de la loi n’entrainera pas de difficultés d’approvisionnement.

Mais la situation aurait pu être pire: la ministre voulait apparemment interdire également les saveurs pour les cigarettes électroniques, ce qui aurait pu faire fléchir l’utilisation comme outil d’arrêt du tabac.

Recommander la cigarette électronique

Vous ne me verrez pourtant pas prescrire la cigarette électronique à mes patients, et ce, pour une raison évidente: celles qui contiennent de la nicotine sont (en théorie) interdites au Canada, même s’il y a tolérance. Un médecin ne peut donc les prescrire.

À l’Institut de cardiologie de Montréal, la direction de la prévention, chapeautée par le Dr Martin Juneau, recommande pourtant la cigarette électronique aux fumeurs, en particulier à ceux qui ont échoué avec les autres méthodes.

Je ne me gène donc pas pour suggérer son utilisation à mes patients qui n’arrivent pas autrement à cesser de fumer. Pas plus tard que la semaine dernière, je l’ai recommandée à une camionneuse fumant 2 paquets par jour et pour qui la cigarette est, selon ses mots, «son amie».

Après avoir essayé les différents outils (médicament, patch, etc.), elle n’a jamais réussi à arrêter. Or, deux paquets par jour, c’est extrêmement dommageable pour la santé. Aucun doute que si elle passe à la cigarette électronique, elle améliora ses chances de rester en santé.

Une histoire à suivre...


Source : L'actualité

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PATMAN 27/01/2016 15:33

" la nouvelle Loi québécoise sur le tabac, adoptée il y a quelques semaines, va sûrement aider... mais j’espère qu’elle ne marginalisera pas du même coup la cigarette électronique. "

C'est une blague ? Cette loi 44 a juste tuer la vape au Quebec , comment voulez encore vendre une cigarette électronique sans pouvoir l'essayer en magasin ?