La nicotine peut sauver des vies

Publié le par Monsieur Vapoteur

La nicotine peut sauver des vies
Contres vérités sur la nicotine

Arrêtons de diaboliser la nicotine. Ce qui tue dans le tabagisme ce n'est pas la nicotine, c'est la fumée. Tout végétal brulé produit du monoxyde de carbone, responsable des maladies cardiovasculaires, des goudrons, responsables des cancers, et des particules fines solides, responsables des maladies pulmonaires, dues au tabagisme. Comme le disait le pionnier de la recherche sur la dépendance tabagique, Michael Russell (1), psychiatre anglais, " les gens fument pour la nicotine mais meurent des goudrons, du monoxyde de carbone et des gaz dangereux. "

La nicotine est certainement la substance la plus utilisée de part le monde, et la dépendance au tabac est un véritable fléau ayant causé 100 millions de morts au 20ème siècle et qui en causera 1 milliard au 21ème siècle si rien n'est fait pour l'enrayer. C'est plus que toutes les guerres ont fait, ou ne pourront faire.

Certains concluent que la puissance addictive de la nicotine est la plus importante. Pourtant, la recherche animale ne confirme pas ce fait. Il est très difficile de rendre des animaux dépendant de la nicotine pure au contraire d'autres drogues comme la cocaïne ou les opiacés. La nicotine n'est très addictive que lorsqu'elle est inhalée lors de la combustion du tabac (plus de 7000 substances recensées, dont près de 60 substances cancérigènes). C'est pour cette raison que la cigarette a pris le pas sur tous les autres modes de consommation du tabac dans le monde entier.

La nicotine pure est principalement un stimulant, au même titre que la caféine, et n'est pas plus dangereuse (2). Mais si cette dernière est acceptée dans la société, ce n'est pas le cas de la première. Cela fait plus de trente ans que toutes les campagnes antitabac martèlent que le responsable c'est la nicotine, et non pas la fumée. Même les fumeurs en ont peur, et ont tendance à l'arrêter trop vite lors d'une tentative d'arrêt du tabac (que ce soit avec la vape ou les substituts nicotiniques), au risque de rechuter.

L'arrivée inattendue de l'e-cigarette

L'arrivée de la cigarette électronique a créé une vraie révolution dans le domaine de l'arrêt du tabac. Scientifique de formation et tabacologue, j'enseigne la pharmacologie de la nicotine et la dépendance au tabac dans plusieurs universités. J'ai à la fois arrêté de fumer et commencé à travailler sur la nicotine et l'arrêt du tabac, il y a 32 ans. C'est la première fois que j'assiste à un tel phénomène ! Les fumeurs arrêtent de fumer dans le plaisir et non plus la souffrance. De plus ils en parlent entre eux sur des forums, des blogs, les réseaux sociaux ou les lieux de convivialité. Ce sont les fumeurs eux-mêmes qui l'ont découvert et essayé, on ne leur a pas imposé. C'est peut-être là la clef du succès.

Malheureusement, c'est peut-être aussi pour cela que les autorités de toutes sortes (principalement les législateurs et les associations antitabac) s'y opposent tant, mais aussi par leur incapacité à comprendre et accepter le phénomène.

Réduction du risque

Le point important c'est qu'il faut arrêter d'inhaler de la fumée. Un exemple évident est l'expérience suédoise. Dans ce pays existe depuis plusieurs siècles une consommation de tabac sans combustion. Le snus, un tabac en poudre non fumé, se place entre la joue et la gencive. Cette consommation qui avait tendu à disparaître au début du 20ème siècle sous la pression de la cigarette, a repris dans les années 1970.

En Suède, environ la moitié des consommateurs de tabac utilisent du snus (la prévalence du tabac fumé est autour de 12% de la population, pour mémoire en France nous sommes à 34%). Les fabricants ont amélioré le produit en réduisant l'un des cancérigènes (nitrosamines) par un procédé de fabrication. Le résultat est que la Suède est le pays dans le monde qui a le plus faible taux de cancer du poumon (dû à l'inhalation de la fumée de tabac) ainsi que de cancers oropharyngés.

Malheureusement, comme on le constate en ce moment avec le vaporisateur personnel, les autorités européennes, prétextant tout comme pour la vape que ce produit risquerait de rendre les jeunes dépendants (ce qu'aucune étude n'a pu démontrer à ce jour) l'a interdit de vente en Europe (la Suède a obtenu une exemption).

Cependant, la directive européenne sur les produits du tabac, voté au printemps 2014 (applicable en mai 2016), a reconduit cet état de fait. Tout comme elle a considérablement sur-réglementé le vaporisateur personnel, en l'incluant sans aucun argument valable, puisque vaper n'est pas fumer, comme un produit du tabac. Un premier essai de classification pharmaceutique avait été rejeté par les députés européens, mais la Commission européenne a rallongé le texte final en ré-introduisant des réglementations de type pharmaceutique sans que le Parlement n'ait son mot à dire. En l'état, seules les e-cigarettes fabriquées par l'industrie du tabac pourront passer le couperet, et 95% des produits actuels, les seuls réellement efficaces pour arrêter de fumer seront hors la loi. La collusion avec l'industrie du tabac ne fait aucun doute pour personne. Le pouvoir de l'argent passe bien avant la santé publique.

Le pragmatisme anglais

Au mois d'août dernier, le Public Health England (organisme sous la tutelle du Ministère de la santé) a jeté un pavé dans la mare européenne. Alors que les autorités de nombre de pays, y compris la France et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), s'opposent au développement du vaporisateur personnel pour des raisons mal placées de principe de précaution (3) (tout en sachant les ravages que fait le tabagisme dans le monde – 78000 morts par an en France, 6 millions dans le monde), les Anglais décident de favoriser le développement de cette alternative au tabac, en enjoignant même le système de santé de le prendre en compte et de ne pas décourager les fumeurs de l'adopter.

Pendant ce temps là (en septembre), les sénateurs français lors d'une séance portant sur le projet de loi de santé, ne prononcent pas une fois le mot santé publique, mais ne parlent que du revenu de nos buralistes. Encore une fois, les liens entre nos politiques (dont le Ministère des finances) et l'industrie du tabac ne trompent personne.

Et pourtant les données sont incontestables

L'évidence a été impulsée par la Commission européenne elle-même, avec l'Eurobaromètre. Cette enquête menée par la Commission nous donne les clefs de ce que représente le vaporisateur personnel pour aider les fumeurs à arrêter de fumer dans toute l'Europe, pas seulement en France.

Mais lors de sa communication, au printemps dernier, la Commission n'a pas présenté les résultats tels qu'ils auraient dû l'être. Avec le Dr Farsalinos, nous avons ré-analysé ces données qui nous ont été communiquées par la Commission elle-même. (4) Elles montrent qu'en France, 1 million de fumeurs ont arrêté de fumer grâce au vaporisateur personnel (6 millions en Europe). Du jamais vu !

Et pourtant on continue de vilipender cet outil extraordinaire. Pour quelles raisons ? Selon les autorités, mal conseillées par les associations antitabac, cela risquerait de renormaliser le tabagisme et de pousser les jeunes au tabagisme. Pourtant, là encore les données sont là, même celles du CDC américain. Elles montrent que partout dans le monde où le vaporisateur personnel est utilisé, le tabagisme des jeunes et des adultes recule (voir le rapport du Public Health England).

Que vont en faire nos politiques ?

Comment vont réagir nos députés lors de la dernière lecture de la loi de santé ? Auront-ils le courage de penser à la santé publique plutôt qu'aux intérêts financiers de l'industrie du tabac, de celle du médicament ou de l'Etat (qui ne se préoccupe que des taxes sur le tabac qui diminuent) ? Ceux qui ont tout à gagner dans la persistance du tabagisme.

Il y a fort à parier, une fois de plus, qu'ils ne seront pas sensibles à ce que leur dise les chercheurs et les professionnels de la santé qui ont pris la mesure du problème. Depuis 3 ans ils sont sourds à nos arguments, que nous avons pourtant exprimé sur tous les fronts (lettres à la Commission européenne et à l'OMS, appels des 120 médecins en octobre dernier).

Pourtant, la vape sauve des vies en permettant à de nombreux fumeurs d'arrêter de fumer (le tabac fait 200 morts par jour, 78000 morts par an, en France), des milliers de gens l'expriment tous les jours sur les réseaux sociaux.

Mesdames et Messieurs les député(e)s, nous attendons de vous un réel courage politique. Refusez d'enterrer cette révolution de la vape en la contraignant à un point qui n'a jamais été fait pour le tabac lui-même. Les interdictions et contraintes imposées par la loi de santé et la mise en œuvre de la directive européenne vont tuer l'élan des fumeurs pour ce dispositif qui peut leur sauver la vie.

Rappelez-vous qu'un fumeur sur deux mourra de son tabagisme, mais qu'il y a un bénéfice à arrêter à tout âge. Si vous êtes à l'écoute de vos concitoyens il est encore temps d'agir. C'est encore ce que j'espère en publiant cette tribune.


(1) Russell MAH. The future of nicotine replacement. Br J Addiction. 1991, 86:653-658.

(2) Mayer B. How much nicotine kills a human? Tracing back the generally accepted lethal dose to dubious self-experiments in the nineteenth century. Arch Toxicol. 2014 Jan;88(1):5-7.

(3) Farsalinos KE, Le Houezec J. Regulation in the face of uncertainty: the evidence on electronic nicotine delivery systems (e-cigarettes). Risk Manag Health Policy. 2015 Sep 29;8:157-67.

(4) Farsalinos et al. Patterns of electronic cigarette use and effects on smoking status throughout the European Union: analysis of a representative sample of 27 801 Europeans from 28 countries. Soumis à Addiction.


Source : Mediapart

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