Politique anti-tabac, la France s'y prend-elle comme un pied ?

Publié le par Monsieur Vapoteur

Politique anti-tabac, la France s'y prend-elle comme un pied ?
Selon les données du Centre national des statistiques de santé (NCHS), les Américains fument de moins en moins. Le taux de fumeur dans la population est tombé à 15,2% en janvier-mars 2015, soit la plus faible proportion enregistrée depuis des décennies. En Suisse, cinq ans après que le nombre de fumeurs a commencé de diminuer dans la population, le nombre de diagnostics de cancers du poumon commence lui-aussi à baisser, ce qui se répercute positivement sur les coûts de la santé. Idem en Allemagne, où le tabagisme est en chute libre. Trois pays qui privilégient la prévention et la sensibilisation aux mesures infantilisantes et répressives type paquet neutre, prouvant l’efficacité d’une politique de santé publique dont ferait bien de s’inspirer la France.

Prévention plutôt que répression : les Etats-Unis montrent la voie

Alors qu’en France la prévention contre le tabagisme piétine, de récentes études menées en aux Etats-Unis, en Suisse et en Allemagne fournissent certains éléments d’explication pertinents sur notre manque d’efficacité. Le Centre national des statistiques de santé (NCHS) a publié ce mardi 1er septembre une bonne nouvelle : le pourcentage de fumeurs de cigarettes parmi les adultes américains " est passé de 24,7% en 1997 à 15,2% en janvier-mars 2015. " Cela représente environ 36,7 millions d’adultes soit la plus faible proportion enregistrée depuis des décennies. Rappelons que plus de quatre Américains sur dix (42%) fumaient en 1965. Ces résultats confirment le bilan « très satisfaisant » de la première campagne nationale de prévention contre le tabagisme, menée au printemps 2012, via des spots publicitaires. Sous le nom « Tips for Former Smokers » (Trucs d’anciens fumeurs) elle avait duré douze semaines, avec un important plan média : chaînes de télévision, internet, radio, panneaux publicitaires, cinéma, journaux et magazines.

Le succès rencontré l’a été sans augmentation délirante des prix (lesquels sont différents d’un Etat à l’autre), sans photos-choc (lesquelles sont très rares Outre-Atlantique) et encore moins de paquet neutre. Autrement dit, sans recours à une politique répressive – comment considérer autrement le paquet neutre, puisqu’il s’adresse à des gens qui ont déjà franchi la porte d’un bureau de tabac dans l’intention d’acheter des cigarettes, plutôt que de chercher à les en dissuader en amont, et cherche donc à la culpabiliser plutôt qu’à les aider ?

Cette réduction du nombre de fumeurs est " simplement " le résultat d’une politique s’articulant autour de deux principes: l’éducation et la prévention. Il s’agit d’éviter l’entrée dans le tabagisme, notamment des jeunes, de renforcer l’aide au sevrage tabagique des fumeurs actifs. Cela passe également pas des restrictions des zones " fumeur ". Ces efforts menés contre le tabagisme, par la loi comme par la sensibilisation, portent incontestablement leurs fruits.

Dans les États américains appliquant un programme complet de prévention du tabagisme, comme la Californie, l’Arizona, l’Oregon et la Floride, le nombre de décès des suites du cancer du poumon a drastiquement baissé pendant les années 90 parmi les 30-39 ans. Dans les États, comme le Kentucky, la Caroline du Nord, le Missouri et l’Indiana, moins prompts à la prévention, le nombre de décès des suites du cancer du poumon a nettement progressé pendant la même période.

A New York, la législation antitabac mise en place par l’ancien maire Michael Bloomberg, en poste de 2002 à 2013, a été à la fois draconienne et adaptée, pour des résultats sans appel : avec notamment l’interdiction de fumer dans les bars et les restaurants, dans les parcs et même sur les plages de la ville, les statistiques montrent que seulement 13,9% des adultes à New York sont actuellement fumeurs, taux exceptionnellement bas pour une grande ville. De plus, selon les statistiques officielles, entre 2002 et 2011 le nombre de fumeurs adultes a baissé de 21,5% de la population à 14,8%.

Suisse et Allemagne dans la bonne direction, la France ferme les yeux

En Suisse aussi, la nouvelle loi sur les produits du tabac offre la possibilité de renforcer les mesures en matière de prévention du tabagisme. En Allemagne, un récent rapport présenté par le gouvernement fédéral indique que le nombre de fumeurs a baissé de 24,5 % parmi la population adulte en 2014, et de 9,7 % parmi les 12 -17 ans. Alors que le taux de fumeurs chez cette dernière tranche d’âge était de 28 % en 2001, il est descendu à 12 % en 2012. Des chiffres en chute libre qui ne doivent pourtant rien au paquet neutre, mais sont la conséquence de campagnes de sensibilisation accrues, notamment dans les établissements scolaires. Le succès de ces politiques est sans comparaison avec la situation dans l’Hexagone.

Ces chiffres nous montrent que la prévention fonctionne, encore faut-il qu’elle soit intelligente. Or, en France, non seulement les résultats ne sont pas les mêmes, mais la classe politique semble s’obstiner dans la mauvaise direction. Denier exemple de la bérézina des lois de prévention et de santé publique : le projet de loi Santé de Marisol Touraine. La ministre de la Santé fait actuellement l’autruche, défendant à tout va son projet de paquet neutre largement contesté, faisant fi des bons résultats et des méthodes observés dans d’autres pays. Elle affirmait récemment ne pas avoir entendu de propositions pour des mesures plus efficaces, ce qui est faux et dangereux. Les sénateurs communistes, qui ont qualifié ce projet de " largement insuffisant ", avaient préparé un projet basé sur des techniques de prévention qui ont fait leur preuve.

" Nous sommes pour un travail de prévention ", a déclaré la présidente de leur groupe, Eliane Assassi après avoir annoncé que son groupe s’abstiendrait sur la mise en place du paquet neutre, déplorant que, " dans ce projet de loi, il n’y [ait] aucun moyen accordé à la prévention ". Cette vision semble être largement partagée au sein de la chambre haute, alors que la dernière tentative autour du paquet neutre a essuyé un échec total : sur les 244 suffrages exprimés, 228 sénateurs étaient contre, et seulement 16 pour. Et parmi eux on compte 6 socialistes – du même camp que Mme Tourraine, et 10 députés écologistes (soit le groupe complet, qui avait reçu des consignes de vote). Si, en soi, redesigner les paquets de cigarettes n’apparaît pas dommageable, le temps et l’argent perdus à ces effets de manche ont des conséquences tragiques en matière de santé publique. Le tabac tue près de six millions de personnes chaque année, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).


Source : Cent papiers

Publié dans Articles, Tabac

Commenter cet article