Anomalies en 2014, scandale en 2015

Publié le par Monsieur Vapoteur

Anomalies en 2014, scandale en 2015
Comme à chaque fois que l’occasion est donnée aux médias de crier haro sur la cigarette électronique, une dépêche fait à nouveau grand bruit depuis hier soir : la cigarette électronique est " dangereuse ", " sur la sellette ", etc ! On finirait presque par en avoir l’habitude…

Évidemment, notre réaction devrait être de nous interroger sur les résultats qui fondent ces grandes craintes avant que de ressortir et d’agiter de nouveau les gousses d’ail et crier au loup. D’autant que fin août, on nous annonçait que cette même cigarette électronique était 95 % moins nocive que le tabac … Que s’est-il donc passé en un laps de temps aussi court ?

En fait ... rien !

En réalité, ce « scoop » n’est que la reprise d’un rapport d’intervention de la DGCCRF qui a, en 2014, analysé, non pas la totalité des liquides disponibles sur le marché mais des échantillons jugés anormaux, et déterminé, non que ceux-ci étaient " dangereux ", mais que certains n’étaient pas conformes à la réglementation, notamment en matière d’étiquetage. Il n’est donc fait nulle mention – et pour cause – d’antigel, d’arsenic ou de cancérogènes concentrés, mais plus simplement... d’erreurs dans la composition indiquée sur l’étiquetage, du mauvais usage des symboles normés de toxicité ou de nocivité, ou de manque de sécurité de certains bouchons. Ces résultats, bien sûr, ne tiennent absolument pas compte du fait qu’entre temps, les acteurs du marché se sont réunis pour mettre en place des normes AFNOR.

Les utilisateurs de cigarette électronique, et notamment l’Aiduce, n’ont en effet pas attendu cette nouvelle vague de sensationnalisme à bon compte pour demander que le sérieux et la transparence prévalent chez les fabricants de matériels et de liquides et participent aujourd’hui activement à l’élaboration des normes visant à encadrer ces produits. Ce qui comprend notamment et en effet l’utilisation de bouchons de sécurité ou de composants électroniques conformes et résistants. Ceci ne remet nullement en cause les avantages de la cigarette électronique elle-même en termes de santé publique comme ces articles alarmistes cherchent à le faire.

La surprise des vapoteurs est d’autant plus grande que la DGCCRF participe à ces démarches et en est donc parfaitement informée.

Une nouvelle fois, la notion de danger est interprétée à son niveau maximum, sans tenir compte des risques réels pour l’utilisateur et sa santé. Une ligne à haute tension est un danger, si on la touche. La réponse doit alors être d’isoler celle-ci, non de la supprimer. Une fois de plus, un titre et des commentaires racoleurs auront été mis en avant pour tenter de discréditer par un amalgame confus un dispositif qui bouscule décidément bien des intérêts.

Afin de comprendre pourquoi la DGCCRF a jugé nécessaire d’exhumer cette vieille enquête sur les cigarettes électroniques, il faut d’abord comprendre les influences qu’elle subit. La ministre de la Santé est aujourd’hui sous pression au sujet des mesures draconiennes contre la vape contenues dans son projet de Loi. À la suite de son intervention au cours des débats début septembre au Sénat, Madame Touraine s’est vue reprocher des propos faux, voire calomnieux, envers le service de santé public anglais, et le fondement de son argumentaire sur les conclusions d’une étude américaine elles-mêmes basées sur les résultats de 5 personnes sur une population de 700 étudiants (alors que ces conclusions étaient par ailleurs contredites par le résultat des études antérieures).

Ceci expliquerait en partie pourquoi la DGCCRF a pu être encouragée à ressortir une vieille enquête, déjà dépassée au début de 2015 par la publication de normes AFNOR. Par ailleurs, la DGCCRF insiste pour que les bouteilles de liquide nicotiné soient revêtues du pictogramme à " tête de mort " (produit toxique) ce qui la place en porte à faux avec le règlement européen CLP. En effet, si la nicotine à l’état pur est très toxique (tout comme d’autres substances telles que la caféine), elle ne l’est pas de la même manière lorsqu’elle est fortement diluée, comme dans des bouteilles d’e-liquides (comme peut l’être dans notre exemple la caféine dans une tasse de café). La DGCCRF pourrait ainsi souhaiter interpréter un règlement européen, même quand ce règlement, de commun accord avec tous les pays membres de l’UE, ne doit souffrir aucune modification.

Il est ainsi vraisemblable que la DGCCRF se fasse l’instrument de la politique restrictive que le législateur se prépare à instaurer. Ce qui expliquerait le déclenchement d’un nouveau tapage médiatique en ressortant cette ancienne enquête.

La démarche de normalisation auprès de l’AFNOR a été lancée au début de 2014 à la demande des consommateurs (et plus précisément de l’Aiduce), des fabricants et revendeurs français (le CACE, devenue la FIVAPE), l’INC et l’OFT. L’Aiduce était déjà consciente des réclamations exprimées par les consommateurs concernant la qualité d’une minorité des dispositifs, et de leurs préoccupations concernant la précision de l’étiquetage des bouteilles d’e-liquides. Ces doutes semblaient se porter essentiellement sur des produits importés ; des dispositifs sans marque (dits " no-name ") et des e-liquides de provenance indéterminée. Il était important de permettre aux consommateurs de choisir des produits certifiés et sûrs, et d’élaborer des normes de sécurité préconisant notamment l’utilisation de bouchons de sécurité et de chargeurs conformes.

La DGCCRF a participé à cette démarche de normalisation. Elle n’a jamais manifesté son opposition. Elle connaît les normes qui en résultent. Exhiber subitement cette enquête dépassée, ne témoigne donc pas d’une volonté de rassurer le public, mais hélas plus vraisemblablement de venir au secours d’une ministre et d’une politique soumises au feu des critiques.

Reconnaissons toutefois à cette nouvelle communication anxiogène faisant soudain état des résultats d’une étude datant de l’an dernier, sa parfaite synchronisation avec le calendrier politique : dans quelques jours le projet de loi de santé et ses dispositions liberticides et injustifiées pour la vape retourneront devant l’Assemblée nationale. Une dose de crainte distillée au bon moment permettra à n’en pas douter d’assurer un peu plus de soutien public à des mesures beaucoup plus motivées par la défense des industries du tabac et de la pharmacie que par la réduction des risques liés à la morbidité du tabagisme.

Nous félicitons d’ores et déjà notre ministre de la Santé et quelques-uns de ses relais médiatiques pour la récolte fort prometteuse des fruits pourris qu’ils auront plantés tout au long de ces derniers mois.


Source : Aiduce

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