Le gouvernement à l'heure du choix sur le projet santé

Publié le par Monsieur Vapoteur

Le gouvernement à l'heure du choix sur le projet santé
Alors qu'un rapport gouvernemental anglais soutient que la cigarette électronique est 95% moins dangereuse que le tabac, des associations françaises de lutte contre les addictions et des usagers de la cigarette électronique demandent au gouvernement de revoir son plan national de lutte contre le tabac, qui sera examiné au Sénat lundi.

A trois jours de l'examen du projet de loi Santé au Sénat, la France va-t-elle suivre le pionnier anglais sur le front de la lutte contre le tabac? La Grande-Bretagne, qui devient le pays le moins fumeur au monde (avec un taux de fumeurs en baisse à moins de 20% contre un taux à la hausse, chez nous, à 35%), va-t-elle inciter la France à lui emboiter le pas en accordant toute sa légitimité à la cigarette électronique dans son ambitieux plan national de lutte antitabac ?

Car dans le brouillard des multiples rumeurs autour de la dangerosité de la cigarette électronique, l’immense éclaircie est venue d’Outre-Manche, le 19 août dernier. L’étude officielle du Public Health England (l’équivalent de notre Haute autorité de santé) l’affirme : selon les meilleures estimations, la cigarette électronique est 95% moins dangereuse que le tabac. Pour le service de Santé publique anglais, elle doit être promue auprès des fumeurs, par l'entremise des professionnels de santé et des centres de sevrage, comme un outil-clé dans la lutte contre le tabagisme.

Dr PRESLES, tabacologue " L'étude Anglaise tord le cou à toutes les rumeurs sur la nocivité de la cigarette électronique ".

Un rapport qui conforte les positions soutenues par les associations de lutte contre les addictions et des usagers de la cigarette électronique. Dans un communiqué commun, le 26 août dernier, elles ont appelé le gouvernement «à suivre l'exemple anglais» et à revoir sa copie sur les mesures qui «brident l'usage» de la cigarette électronique (interdiction de la publicité, interdiction d’usage sur les lieux publics). « Le rapport anglais est clair : 1. plus la cigarette électronique est diffusée, moins les jeunes fument. 2. Il n’y a aucun danger de vapotage passif. Cette étude tord le cou à toutes les rumeurs sur la nocivité, sur le risque d'inciter les jeunes à fumer, et sur le danger pour les non-fumeurs. Fait important et nouveau, c’est une autorité gouvernementale qui publie ces résultats, celle d’un pays dont le plan de lutte contre le tabac est exemplaire », explique le tabacologue Philippe Presles, expert de la cigarette électronique et membre du comité scientifique de SOS Addictions et de l’Aiduce, associations signataires du communiqué.

" En France, 60 % des fumeurs croient que la cigarette électronique est plus dangereuse que le tabac ".

Les auteurs anglais, dont le rapport officialise ainsi un tournant dans la perception de la cigarette électronique, s’inquiètent de constater que de plus en plus de personnes pensent que la cigarette électronique est tout aussi nocive, voire plus, que la cigarette de tabac, ce qui incite certains fumeurs à ne pas passer au vapotage. " En France, 60% des fumeurs croient qu'elle est plus dangereuse. C’est effrayant!», constate le Dr Philippe Presles. En Grande-Bretagne, ils sont un tiers. On voit que ce pays a mieux défendu la cigarette électronique. Là-bas, il n’y a pas de restriction sur les lieux ou sur les dosages en nicotine. "

" Les ventes de tabac sont reparties à la hausse. C'est un échec du gouvernement ".

Selon ce spécialiste, la perception négative d’un outil de sevrage représente un risque grave dans un pays qui compte chaque jour 200 morts liées à l’usage chronique de tabac. " Tant que la cigarette électronique se développait, les ventes de tabac chutaient. Cette année, une majorité de Français pensent qu’elle est plus dangereuse que la cigarette classique et les ventes de tabac sont reparties à la hausse. C’est un échec du gouvernement ", déplore le Dr Philippe Presles. " Nos politiques ne comprennent pas qu’on ne peut pas faire que de la dénormalisation. Cela s’apparente à de la prohibition : on veut tout interdire autour de la cigarette et, par extension, on assimile la cigarette électronique au tabac. Sur le terrain, nous savons très bien que la seule politique valable est la stratégie de réduction des risques. Il vaut mieux prendre de la nicotine que fumer. La cigarette électronique est un outil de réduction des risques, au même titre que les substituts nicotiniques. "

Quid du problème de la gestuelle du fumeur que l'on conserve quand on vapote ? Le tabacologue répond: " Vous retrouvez le même geste chez une personne qui boit une coupe de champagne que chez celle qui boit une coupe de Champomy. Le bannissement du geste est dans une logique de dénormalisation absolue qui devient aveugle."

Dr LOWENSTEIN, addictologue " En France, nous sommes paralysés par le principe de précaution ".

Le nouveau souffle qu'apporte l’étude anglaise à la cigarette électronique peut-il traverser la Manche ? L’addictologue William Lowenstein, président de Sos Addictions, espère bien un nouvel élan. Mais pour lui, ce souffle, assez caractéristique du pragmatisme anglo-saxon, est en butte à un traumatisme français. " Qu’il y ait en France un plan national antitabac, enfin structuré, c’est une très bonne nouvelle. Mais il nous faut arrêter avec ce principe de précaution par rapport à la cigarette électronique, qui nous paralyse. Nous sommes toujours sous le traumatisme du Médiator ou du sang contaminé, qui fait que dès qu’il y a quelque chose de novateur, le premier réflexe en France est de se demander si on est bien dans un risque zéro. Nous devons considérer l'évaluation bénéfice-risque. Il est évident que les bénéfices seront mille fois supérieurs aux risques. La recherche sous l’angle du risque zéro devient le symbole de la recherche zéro. "

Jusque-là, les députés sont restés sourds à tous nos appels, explique Brice Lepoutre, président d’Aiduce, l’association des utilisateurs de cigarette électronique dont le comité scientifique compte plusieurs spécialistes. " Aujourd’hui, certains sénateurs se sont montrés attentifs à l’étude britannique. Si lundi, rien n’est retenu dans les amendements, ce sera plus difficile de se battre ensuite. C'est maintenant que ça se joue. "


Source : Paris Match

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