L’écran de fumée a assez duré

Publié le par Monsieur Vapoteur

L’écran de fumée a assez duré
Une étude britannique estime que la cigarette électronique serait 95% moins nocive pour la santé que le tabac et préconise leur prescription en tant que produit substitut.

L’institut Public Health England (PHE), agence du ministère de la Santé britannique composé d’experts indépendants, a rendu mercredi 19 août son rapport sur l’usage de la cigarette électronique. L’étude du PHE a pour but d’orienter les décisions en matière de politique publique et le moins que l’on puisse dire est que ses conclusions prennent le contrepied de la position du gouvernement français sur le sujet. Si la ligne soutenue par Marisol Touraine vise à plus de règlementations et d’interdictions, la cigarette électronique pourrait bien faire partie des produits recommandés au Royaume-Uni pour aider les fumeurs à se débarrasser de leur dangereuse habitude.

Le respect de la déontologie scientifique

Si les études en France se montrent la plupart du temps alarmistes et si leurs auteurs " oublient " de publier leur méthodologie le temps de maximiser le temps d’antenne qui leur sera consacré, il faut avouer que le rapport du PHE est très complet et consultable en même temps que le communiqué de presse, et non plusieurs semaines après. Le PHE fait d’ailleurs mention de certaines de ces erreurs, en rappelant que les résultats obtenus ne peuvent être reproduits dans les conditions d’utilisation normale des produits.

L’originalité de l’étude tient également au fait que le PHE tient pour un de ses objectifs la réduction des inégalités en termes de santé. L’angle a donc ceci de particulier qu’il abordera les façons dont la cigarette électronique peut être utilisée par les personnes défavorisées ou en marge de la société (notamment celles incarcérées) pour réduire leur dépendance à la cigarette, dont la prévalence est plus élevée que chez d’autres catégories sociales de la population. Le plus intéressant restant les conclusions générales, mais ce focus a au moins le mérite d’exister désormais.

Aucune preuve ne relie cigarette électronique et porte d’entrée vers le tabac

Le principal argument des tenants de l’interdiction de la cigarette électronique ou du moins de la restriction de son usage, tient au fait que le geste similaire à l’action de fumer conduirait vers le tabagisme. Au-delà de la faiblesse de l’argument qui reviendrait à interdire à Evian de vendre son eau minérale car le geste d’en boire pourrait mener à l’alcoolisme d’une façon ou d’une autre, cette assertion ne repose sur aucune preuve. À juste titre, puisqu’aucune étude n’avait mis en lumière un possible lien. Le PHE dans son étude conclut que parmi le nombre d’utilisateurs de cigarette électronique, 0,2% sont des personnes n’ayant jamais fumé. Chez les jeunes, l’usage de la e-cigarette en général est inférieur à l’usage des adultes, et 0,3% des jeunes n’ayant jamais fumé utilisent leur cigarette électronique au moins une fois par mois. Ce résultat permet raisonnablement de douter de la pertinence de l’argument des opposants à la vape.

Sur la question du vapotage passif, les résultats sont également sans appel. Se basant sur les rapports de précédentes études, le PHE apporte des éléments supplémentaires. Ainsi, si Long et al. (2014) conclut que les exhalations de cigarette électronique contiennent 8 fois moins de nicotine que les exhalations de cigarettes, le PHE précise que 85% de la fumée provient du side-stream smoke, c’est-à-dire du bout incandescent de la cigarette, sans que le fumeur n’en exhale la fumée. Or, lorsque le vapoteur ne " tire " pas, aucune fumée ni vapeur n’est produite par la cigarette électronique. En plus de ne contenir que de faibles niveaux de nicotine, la vapeur présente en moins grande quantité dans l’air ambiant d’une pièce ne présente aucun risque identifié pour le vapoteur passif. Le rapport de l’OMS en 2014 qui préconisait l’interdiction de la vape dans les lieux publics et plus généralement la lutte contre la cigarette électronique comme bataille dans la guerre contre le tabagisme prend un coup dans l’aile. En empêchant l’essor de la e-cigarette, l’OMS empêcherait également ceux qui pourrait sauter le pas de le faire. Le résultat serait inverse à celui recherché, mais la volonté de contrôle semble préexister à l’honnêteté intellectuelle, puisqu’il existe plus de promesses que de menaces à favoriser l’usage d’un substitut en tout point moins nocif.

Pas de fumée sans feu

Le rapport de la PHE n’est pas une ode à l’usage à tout crin de la cigarette électronique, loin de là. Le professeur Kevin Fenton, directeur santé et bien-être au PHE rappelle l’évidence : " Le tabagisme reste le tueur numéro 1 en Angleterre et la meilleure chose que puisse faire un fumeur est de s’arrêter, complètement, maintenant et à jamais ".

Reste que cette étude a le mérite de mettre au point un certain nombre d’évidences méconnues du grand public. 44,8% des britanniques ne réalisent pas que la e-cigarette est moins dangereuse que la cigarette. Il reste donc encore un énorme travail de communication à mener pour que le public soit informé au mieux. Continuer de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers de la vape alors que sa nocivité est de 95% inférieure à celle de la cigarette a pour conséquence de détourner les vapoteurs potentiels d’une alternative moins dangereuse pour les laisser sur une voie qu’il serait préférable d’abandonner. La tendance de l’opinion en Grande-Bretagne prend malheureusement un chemin contraire à celui que l’on pourrait espérer. La part de personnes estimant que la e-cigarette est autant ou plus dangereuse que le tabac est ainsi passé de 8,1% en 2013 à 22,1% en 2015, ce qui est franchement inquiétant sur l’état de l’information apportée au public.

Si le PHE recommande la mise en place de politiques publiques que l’on peut qualifier de bon sens, la National Health Service (NHS) et son département Stop Smoking Service pourra quant à elle conseiller les néo-utilisateurs de cigarette électronique qui ont pour but de réduire ou stopper leur consommation de tabac. Pour Ann McNeill, professeur au King’s College London et auteur du rapport : " Les fumeurs devraient essayer de vapoter, et les vapoteurs devraient essayer d’arrêter complètement ". Pour cela, il faut d’abord dissiper l’écran de fumée qui sépare l’opinion publique des informations pertinentes.


Source : Contre points

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